Le polo sur neige en France est aujourd’hui indissociable du Polo Masters Tour. Créé par Jean-Yves Delfosse il y a 16 ans à Megève, le circuit sur neige s’est depuis développé avec deux autres étapes, Val d’Isère l’année dernière et Courchevel cette année.
A chaque étape, sa spécificité. A Val d’Isère, les joueurs évoluent dans une aréna entourée de murs de neige de deux mètres de haut, lesquels permettent à la balle de rester sur le terrain et aux spectateurs d’avoir de bons angles de vue. A Megève, le polo s’installe en plein village et d’évènement sportif, il est devenu un évènement mondain, facilité par sa proximité avec Genève. A Courchevel, le polo s’est déployé sur l’altiport ce qui, à 2000 m d’altitude, en fait le polo sur neige le plus haut du monde, avec en prime un magnifique panorama montagneux.
Mais quelques soient leurs particularités respectives, ces trois étapes nécessitent la même préparation. Après 16 années d’existence, l’organisation du Polo Masters Tour a atteint sa maturité. Et de l’expérience, il en faut pour s’installer dans un contexte climatique aussi rude.
Parlons du terrain, par exemple. Plus petit que celui du polo classique, il est préparé selon des procédures bien particulières : on fait alterner des couches de glace et des couches de neige damée, indispensables pour une bonne qualité du sol. Un terrain en neige donne un polo plus rythmé, plus tonique que le gazon, avec des échanges plus rapides.
Photo Arielle Ellia
Gros avantage du polo sur neige, le jeu ressort beaucoup mieux sur un fond blanc. C’est plus facile à voir et à suivre, surtout pour les non-initiés. Et çà plait. A présent, de plus en plus de gens réservent leur séjour à la montagne le « week-end du polo ».
« Je fais de l’événementiel dans le polo parce que si on veut que le polo avance, on ne peut le montrer que comme je le fais, dans de petits environnements et dans des lieux de villégiature. La démarche qui consiste à faire venir quelqu’un qui ne connaît pas le polo, dans un endroit loin de tout, est bien plus difficile. Ici, vous amenez le polo chez les gens, en vacances, c’est très différent ! Faire l’inverse des autres est un peu ma vocation » raconte Jean-Yves Delfosse.
Si le polo sur neige est indissociable du Polo Masters Tour, ce dernier l’est tout autant de son panel de sponsors.
L’étape de Megève a été créée, au départ, grâce à l’intermédiaire de l’hôtelier Jean-Louis Sibuet et aujourd’hui encore la municipalité reste très impliquée. L’aréna de Val d’Isère avec ses murs de neige, offre aux sponsors une très bonne visibilité. Et que ce soit à Val-d’Isère ou à Courchevel, le Polo Masters Tour bénéficie d’importants échanges marchandise avec les hôtels, sans compter l’appui des nombreux autres prestataires.
Là aussi Jean-Yves Delfosse a sa propre approche. « Ce n’est pas l’argent que l’on investit qui apporte l’énergie ou qui invente la passion. L’énergie vient des gens qu’on rassemble et qu’on parvient à mettre en relation les uns avec les autres. Un beau sponsor qui investit 100.000 euros c’est bien, mais avec le petit restaurateur du coin qui ne mettra que 5.000 euros et qui fera venir tous les gens de la station, ou avec le petit plagiste qui connaît 500 personnes qu’il parviendra à entraîner avec lui, là vous avez tout gagné ! ».
Photo Arielle Ellia
Dans un évènement tel que le Polo Masters Tour, l’organisation et les sponsors ne doivent pas faire oublier l’essentiel : les chevaux. Car là se situe le véritable investissement. Les chevaux, à cette époque de l’année, sont habituellement au repos jusqu’au printemps. Pour le polo sur neige, il faut reprendre l’entraînement des chevaux beaucoup plus tôt, les tondre, les équiper…
« L’équipement des chevaux de polo est adapté pour la circonstance. Entre le fer et le sabot, on cale, sur le côté intérieur, un petit tube en caoutchouc, faisant office d’expulseur, la neige est évacuée sous la pression lorsque le pied se relève, dégageant ainsi la fourchette » précise Jean-Yves Delfosse (dans entretien avec Megève Tourisme).
Ce sont plusieurs centaines de chevaux qui sont mobilisés pour l’ensemble du Polo Masters Tour, et qui évoluent d’étape en étape. Ils viennent des écuries du Polo Club Chantilly, de celles de Pierre-Henri N’goumou ou de Mariano Lopez. Pour Megève, qui nécessite deux fois plus de chevaux, ils arrivent également de Madrid, d’Allemagne ou de Suisse.
Investissement pour les chevaux mais également dépenses importantes pour les équipes engagées parce qu’elles jouent toutes avec deux voire trois professionnels. Ainsi, on a pu voir à Val d’Isère du 11 au 14 janvier s’affronter quatre équipes de 6/8 goals. La finale a opposé l’équipe Les Barmes de l’Ours, composée de Gérard Bonvicini, Clément et Matthieu Delfosse, laquelle s’est imposée, à l’équipe Doudoune Club, composée de Philippe Fatien, Edouard Pan et Brieux Rigaux.
Photo Patrick Pachod
Du 20 au 23 janvier, ce fut le tour de Megève, plus internationale, avec six équipes de 8/10 goals venant d’Espagne, Allemagne, Belgique, et de France. Cette 16ème édition a été remportée par l’équipe Domaine du Mont d’Arbois menée par Laurent Dassault, avec Matthieu Delfosse, Thierry Vetois et Adrien Legallo, face à l’équipe Le Fer à Cheval composée de Cyrille et Edouard Costes, Martin Luginbuehl, Simon Luginbuehl et Clément Delfosse.
Pour finir, l’étape de Courchevel du 27 au 29 janvier 2011 a rassemblé quatre équipes de 6/8 goals, et c’est l’équipe Chopard composée des mêmes Laurent Dassault, Matthieu Delfosse et Thierry Vetois qui a remporté la finale face à l’équipe Scapa Sports composée de Michael Redding, Ignacio Deltour et Edward De Kroes.
Pour Jean-Yves Delfosse, après 16 années de Polo Masters Tour, c’est la satisfaction : une reconnaissance internationale, ses deux fils Matthieu et Clément qui jouent et gagnent dans ses tournois, sa fille qui travaille pour la première fois avec lui. « Le bonheur c’est ce tout en famille, c’est réussir ensemble là où personne ne nous attendait ».
Jean-Yves Delfosse ne prévoit, pour l’instant, pas d’autres étapes pour le polo sur neige, mais planche déjà sur un nouveau projet, un master de polo des Châteaux Margaux. On parie qu’il réussira.